Les mamans de Fedasil Bordet ont créé le podcast « Paroles de Daronnes : Mères sans frontières ». Fatoumata, Ruth, Patience, Christelle, Cécile, Malika, Aline, Halimatou et Fanta se sont réunies autour du micro pour exprimer leur vécu de la maternité en centre d’accueil.
Nous avons eu la chance d’accueillir l’ASBL ARC pour la création d’un podcast intitulé « Paroles de Daronnes : Mères sans frontières ». L’ASBL Action et Recherche Culturelles (ARC) œuvre pour une société plus juste et multiculturelle, où les droits culturels occupent une place centrale.
Ce projet s’est décliné en un cycle de trois ateliers. La dernière séance a été enregistrée afin de pouvoir partager cette expérience avec un public plus large. Une séance d’écoute collective nous a enfin rassemblés toutes et tous autour du résultat final.
L’objectif de cet événement était de créer un espace de parole sécurisant autour d’une table réunissant plusieurs mamans résidentes de notre centre (Fatoumata, Ruth, Patience, Christelle, Cécile, Malika, Aline, Halimatou et Fanta) afin qu’elles puissent exprimer leur vécu de la maternité en centre d’accueil.
Durant les ateliers, elles ont abordé plusieurs thématiques importantes, notamment :
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L’incertitude liée à la procédure migratoire et l’angoisse constante de ne pas savoir ce que l’avenir leur réserve: pourront-elles rester en Belgique ou devront-elles quitter le territoire à la suite d’une décision négative ?
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La difficulté d’expliquer cette période d’attente à leurs enfants, qu’ils soient encore très jeunes ou déjà adolescents.
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Le sentiment de déracinement, jusque dans les détails du quotidien, comme la nourriture qui n’a pas le même goût qu' à la maison.
Un aspect particulièrement marquant des échanges fut le choc culturel dans l’éducation des enfants. Plusieurs mamans ont exprimé leur difficulté à s’adapter aux différences éducatives entre leur pays d’origine et la Belgique. Elles observent leurs enfants intégrer de nouvelles habitudes, de nouveaux codes et comportements qu’ils n’avaient pas auparavant. Cette évolution crée parfois un fossé entre elles et leurs enfants, rendant la communication plus complexe.
Certaines ont expliqué devoir apprendre à assouplir leur posture éducative afin de maintenir un lien de confiance et favoriser un dialogue plus ouvert avec leurs enfants. Elles souhaitent leur offrir un avenir meilleur, tout en tenant compte de l’héritage culturel dans lequel elles ont elles-mêmes grandi. Beaucoup aspirent à ce que leurs enfants puissent vivre dans une plus grande liberté, s’intégrer pleinement dans leur nouvel environnement, découvrir de nouvelles opportunités, tout en restant connectés à leurs origines.
Les discussions ont également mis en lumière les difficultés administratives rencontrées par certaines. L’une des mamans a notamment partagé son expérience liée à une première demande d’asile dans un autre pays. Hébergée dans un centre à Dublin, en attente de réponse, elle a finalement reçu une décision négative. Elle a dû quitter le centre sans que la situation particulière de son enfant ne soit réellement prise en compte. Son enfant, qui était scolarisé et s’était fait de nouveaux amis, a vécu cette rupture brutale comme un traumatisme, du jour au lendemain, plus d’école, plus de repères, plus d’amis, et l’obligation de quitter leur premier pays d’accueil. Ce témoignage a profondément marqué le groupe.
Au fil des trois ateliers, une ambiance bienveillante et un climat de confiance se sont progressivement installés. Lors des deux premières séances, les enfants étaient également présents, ils jouaient ensemble pendant que les mères apprenaient à se connaître autour d’un thé. La dernière séance, bien que rythmée par la présence de microphones, s’est déroulée dans la même atmosphère conviviale. Ce fut un véritable espace de partage, accompagné de petits gâteaux, de solidarité et de compassion entre les participantes.