Comme tous les mois, retrouvez le témoignage d'un collègue sur son travail au sein du centre !
Migena est éducatrice MeNA (Mineurs étrangers non accompagnés) depuis 3 ans au sein de notre centre. Pour elle, les journées se suivent, mais ne se ressemblent jamais.
« Nous travaillons au quotidien avec les mineurs non accompagnés du centre, qui sont exclusivement des garçons. Notre rôle est de les accompagner dans tout ce qui touche à leur journée, de leur réveil à leur couché. Ils vont avoir des rendez-vous, des activités, des accompagnements pour leurs trajets, … Les horaires sont larges, car nous couvrons de 7h du matin à minuit. Tout peut arriver, comme rien ne peut arriver. Nous partageons avec eux leurs moments de joie, de tristesse, de bonheur… Tout ce qui fait que ce sont des ados comme tout le monde, au final ».
« Ce que j’aime le plus dans mon travail, ce sont les rencontres humaines. Ça peut sembler basique, tout le monde peut donner cette réponse, mais je trouve que ces gamins éveillent chez nous des choses très concrètes. Ca nous apprend à relativiser, ça nous apprend à nous remettre en question par rapport aux avantages que nous avons en tant que citoyen belge. Des privilèges qu’on oublie parfois. Sur comment des jeunes peuvent être aussi résilients, capables de faire des choses sans leur confort, sans avoir leur famille près d’eux, l’errance dans leurs trajets… »
Le plus chouette, mais aussi le plus difficile :
« Créer du lien. Ils ne nous connaissent pas, ils n’ont pas forcément une idée de qui nous sommes et de ce que l’on représente. Nous devons nous présenter aux jeunes avec la plus grande humilité et sincérité, et en même temps prendre le temps de les connaître, voir qui ils sont, de montrer le maximum d’eux-mêmes assez rapidement par le fait que l’on vive ensemble. Et en ayant une figure d’autorité : parfois je suis maman, parfois je suis éducatrice, je suis la laveuse de linge… Nous avons énormément de casquettes. C’est une vraie rencontre humaine qui remplit le cœur de reconnaissance et d’amour, bien que ça puisse parfois être compliqué ».
Pour Migena, en tant qu’éducatrice, il faut se rappeler que rien n’est jamais perdu :
« Nous avions un jeune très vulnérable quand j’ai commencé au centre, notamment avec des problèmes de toxicomanie. C’était un garçon que beaucoup pensaient perdu. Quand il a quitté le centre, on s’est dit que c’était foutu pour lui… Qu’on ne le reverrait sûrement jamais de par le chemin qu’il avait pris sur la fin. Puis, il y a un an et demi, il est revenu à nous. Il était sevré, avec un métier, et en pleine santé. Il a été pris en charge, en parallèle du centre. Il voulait nous montrer qui il était maintenant : c’était une manière de nous prouver qu’il pouvait le faire. Le fait d’avoir quitté le centre a finalement été un tremplin pour lui. On n’a peut-être pas les résultats tout de suite, et ça concerne aussi d’autres jeunes, mais ça veut dire que le travail de fond que l’on fait avec eux porte ses fruits. C’est comme un boomerang, de se dire que ce n’était pas en vain. On impacte les jeunes même parfois sans s’en rendre compte. On aurait jamais cru pouvoir le voir renaître de ses cendres. C’était incroyable ».