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4 ans de Senonchamps - Entretien avec un jeune

25/10/2023
Après avoir fait un récapitulatif sur l’évolution du centre ces 4 dernières années du point de vue de Fedasil, nous voulions aussi avoir le point de vue d’un résident.

C’est pourquoi nous avons interviewé un jeune, présent lors de l’ouverture de Fedasil Senonchamps en 2019.

Si certains points se rejoignent tels que l’évolution du centre en termes de public accueilli (majoritairement des familles au début, accueil de davantage d’hommes isolés et puis de MENA), il a quelques autres souvenirs et anecdotes à raconter à propos du centre.

Arrivée à Senonchamps

Ce jeune est arrivé il y a 4 ans. « On nous a dit : il y a un nouveau centre qui va s’ouvrir et vous allez là ». « Puis on est venus ici en bus avec une dizaine de familles », raconte-t-il. Il se souvient que, les premières semaines, des gens arrivaient chaque jour. Le centre s’est rempli rapidement. Au début, il y avait beaucoup de familles et il y avait quelques bungalows pour les hommes isolés.

Ils ont logé dans un certain bungalow au début. A cause de leur procédure, ils ont changé de centre pendant plusieurs mois avant de revenir à Senonchamps et d’être logés dans le bungalow dans lequel ils sont actuellement depuis environ 2 ans et demi.

Ce qui n’a pas changé, dit-il en riant, c’est Monsieur Antoine [direction du centre]. Il n’est pas là depuis le premier jour mais depuis longtemps.

Selon ce jeune, la population du centre a changé au fur et à mesure des années. Il y a eu de plus en plus d’hommes isolés, puis maintenant des MENA [mineurs étrangers non accompagnés]. Il n’y a plus beaucoup de familles selon lui.

Scolarité et apprentissage du français

Il ne parlait pas le français lors de son arrivée en Belgique. Il parlait l’anglais majoritairement et a surtout appris [le français] en Belgique. Il a suivi 4 mois de cours de DASPA [Dispositif d'Accueil et de Scolarisation des élèves Primo-Arrivants et Assimilés]. Il a ensuite été intégré dans le parcours scolaire classique. Il est même une année scolaire en avance par rapport à son âge. Il parle l’anglais depuis qu’il a 7 ans, qu’il a appris dans son pays natal.

Il est en option informatique à l’école. Il a commencé à s’y intéresser quand il avait 9 ans, à écrire son premier programme informatique à cet âge. Il aimerait bien faire des études d’informatique, en cybersécurité.

Par rapport à l’autre centre dans lequel il a aussi séjourné, il préfère celui de Senonchamps car il n’avait pas aimé l’expérience.  « Senonchamps, c’est beaucoup mieux ». Même s’il obtient le statut de réfugié, il voudrait presque rester dans le centre tellement il y est habitué.

La vie au centre

Il est aussi habitué à Bastogne au point qu’il affirme souhaiter rester dans la région. Tous ses amis vivent ici. Il a un camarade de classe qui souhaite poursuivre les mêmes études que lui. Il se voit vivre en Belgique, ne se voit pas retourner dans son pays d’origine. « Ce serait difficile de se réadapter à la vie là-bas ».

Quand on lui demande les nationalités qu’il a le plus croisées au sein du centre, il dit que la majorité des autres demandeurs de protection internationale proviennent d’Afrique, d’Afghanistan, ou des pays arabes (Palestine, etc.).

Différences et similitudes culturelles

Dans son pays d’origine, les gens sont très racistes envers les personnes originaires d’Afrique. « Moi je n’ai jamais été comme ça ». « Mais c’est juste que quand je commence à discuter avec les gens, j’apprends tellement de leur culture, je suis en mode mais on est tellement similaires, genre pourquoi on est racistes ? ». « Il y a un plat que l’on fait chez nous [dans son pays]. Et puis, apparemment ils font le même en Afrique mais je pensais que c’était juste un truc [de son pays] alors qu’ils font le même en Afrique aussi ». Il se surprend à découvrir des similitudes entre les différentes cultures côtoyées.

Il termine sur une petite anecdote liée à l’apprentissage de la langue. Il a peur du noir et quand il apprenait le français, il ne connaissait pas toutes les subtilités de la langue. Il devait faire un exposé sur les phobies et, « devant la classe, je dis « j’ai peur des noirs » à la place de « j’ai peur du noir » et le prof qui parlait anglais me dit mais, « what do you mean you are scared of black people? ». Il a répondu : « I’m scared of dark, not black people, what do you mean? ». « Depuis ce jour-là, j’ai peur de dire [certains mots en français], j’ai peur de faire l’erreur ». Cela ne l’a pas empêché d’apprendre le français et de très bien le parler depuis.